Artisanat à domicile

L'intérieur de l'atelier de Papi avec les établis au fond et deux fauteils près de l'entrée.

Reprise du blog après le retour en France et une longue période de pause avec un article un peu plus personnel pour parler d'une pratique très répandue à Madagascar: l'artisanat à domicile.

Les images sont dans un format plus petit pour économiser de la place, un lien vers plus de photos en haute définition est disponible en fin d'article.

Dans mes précédents articles j'ai déjà évoqué la culture de la débrouille et de la bidouille omniprésente à Madagascar, principalement à travers l'art. Mais cette culture se retrouve dans tous les aspects de la vie et notamment par des activités artisanales, professionnelles ou amateures, où l'ambition artistique est moins prioritaire.

Certains artisans travaillent directement dans la rue ou à des stands de marchés, d'autres utilisent leur foyer ou une pièce de leur foyer comme atelier.

Deux personnes de ma famille exercent ou ont exercé ainsi une activité artisanale, en tant que professionel ou amateur passionné. J'ai pu passer une journée avec eux et cet article présente leurs ateliers et leurs pratiques.

Léon, amateur de cuirs

Présentoir des réalisations de Léon parmi lesquelles on voit des bracelets de montre, des sacoches, des ceintures et autres accessoires en cuir.

Léon est un de mes tontons qui habite avec sa femme et son enfant dans un appartement du centre d'Antananarivo. Très bricoleur et passionné de mécanique et de moto depuis son adolescence, il a commencé à travailler le cuir il y a une dizaine d'années, insatisfait des sacoches qu'il avait acheté pour sa moto.

Il les a modifiées pour qu'elles correspondent à ses besoins et s'est pris de passion pour le travail du cuir tanné, commençant à créer ses propres sacoches de cuir, puis étendant progressivement son travail aux ceintures, bracelets de montre, étuis etc... le tout en autodidacte.

Morceaux de cuir tanné dans un coin de l'atelier

Apprenant encore à utiliser une machine à coudre le cuir qu'il a récemment acheté, il travaille toujours tout à la main, dans une petite pièce de l'appartement, à partir de cuir déjà tanné qu'il achète.

Léon en train de travailler sur un morceau de cuir pour faire un étui à lunettes, devant une vieille machine à coudre le cuir Singer posée sur son établi.

Il souhaite garder cette activité comme une passion qu'il pratique en dehors de son travail quotidien et ne produit que pour ses besoins ou à la demande d'amis ou de membres de la famille.

Léon portant un étui à téléphone porté sur la poitrine sur lequel est gravé un visage de chef amérindien avec une coiffe en plumes.

Papi, bijoutier de famille

Papi en train de travailler sur un bracelet en argent à l'aide d'une pince à épiler.

Contrairement à Léon, le père d'une tante que tout le monde surnomme Papi, a exercé comme orfèvre professionel, suivant une tradition familiale qui s'est perpétuée depuis des siècles, remontant aux temps des royautés malgaches du XVIe siècle.

Le travail des métaux précieux, initialement l'argent plus que l'or, existe depuis longtemps dans la culture malgache et s'est principalement développé pendant cette période, constituant un attribut de pouvoir et de richesse pour les noblesses malgaches.

Établi sur lequel on voit une planche épaisse qui sert de creuset, et diverses pinces accrochées au mur.

Après avoir oeuvré en boutique pendant une partie de sa vie, il travaille aujourd'hui à son atelier aménagé dans une pièce de la maison familiale située près du centre-ville d'Antananarivo, pour réaliser des pièces pour la famille ou des connaissances.

Argent en train de fondre sous la chaleur d'un chalumeau dans un creuset en bois.

Ce travail fin est réalisé avec des outils rudimentaires et parfois bricolés en utilisant des matériaux recyclés, comme le tire-fil fabriqué avec un reste de moto ou le soufflet entièrement fabriqué avec des pièces de récupération.

Soufflet sous l'établi, actionné par le pied, qui permet d'injecter de l'air en plus du gaz du chalumeau.

Hormi deux machines à polir qui fonctionnent à l'électricité, les outils et machines-outils sont exclusivement manuels.

Deux machines-outils électriques qui servent à brosser les pièces terminées.

Ayant été formé par ses aïeux, Papi a transmis le savoir-faire à ses enfants, deux filles et deux garçons, bien qu'aucun n'ait souhaité poursuivre de carrière en bijouterie il leur arrive de l'aider sur des tâches devenues trop physiques pour lui, comme le tirage du fil.

Vonjy en train de tirer un fil d'argent pour le rendre pls fin, à travers un tire-fil créé avec des pièces de moto récupérées.

Papi travaille les bracelets, les bagues et les chaines, en argent et or en fonction des prix des matériaux et des demandes qu'on lui fait, pour des occasions comme des mariages, anniversaires, communions, ... Ici c'est le bracelet de ma petite cousine qui est retravaillé pour y ajouter un pendant acheté pendant son passage en France.

Papi en train de travailler sur un bracelet en argent avec le chalumeau.

Mamie est mise à contribution pour les dernières étapes de brossage, polissage et nettoyage qui permettent de faire ressortir l'éclat des métaux et débarrasser le bijou des impuretés qui pourraient rester.

Mamie nettoie un bracelet dans une bassine.

Comme on peut le constater, le travail dans cet atelier est très manuel, fait avec peu de moyens et loin des normes de sécurité occidentales. Ces contraintes n'empêchent pas de créer des objets aux motifs fins, méticuleusement ouvragés par le savoir-faire et la maitrise des personnes qui les façonnent.

Manies de faire

J'ai présenté ici deux personnes de ma famille que j'ai pu cotoyer un bon moment pour observer leurs méthodes et conditions de travail. Comme dit en introduction, le fait de bricoler, fabriquer, créer, souvent à partir de matériaux de récupération avec des moyens limités mais une grande imagination est un trait commun à de nombreu⋅x⋅ses malgaches. Souvent pratiqué au sein des familles, l'artisanat qui en découle sert à la population à travers la fabrication d'objets du quotidien tant qu'à alimenter les marchés de souvenirs touristiques des grandes villes. Il se spécialise en fonction des régions, ou par familles qui y dédient leur temps, ce qui crée une variété des talents et des créations énorme: à tel endroit on fera des voitures en boites de conserve, ici des décorations en aluminium, là des statues en plâtre.

Cette façon de faire, avec peu de moyen est souvent appelée “Ady Gasy”, à la malgache et a été documentée dans le film éponyme de Lova Nantenaina publié par Laterit Production et que je vous recommande très chaudement pour aller plus loin dans l'exploration des savoir faire et de la culture de la débrouille malgaches. Disponible en DVD et VOD sur le site de Laterit Production.

Photos en haute définition disponibles ici.